Zoom sur... Les femmes peintres

"On croit volontiers qu’après la gloire d’Elisabeth Vigée Le Brun liée à l’Ancien Régime, il faut attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour trouver des peintres femmes aussi remarquables. Pourtant, c’est entre 1780 et 1830, que le combat de ces dernières a trouvé ses racines [...]"

Le musée du Luxembourg rend hommage à ces artistes lors de sa nouvelle exposition Les peintres Femmes, 1780 – 1830 naissance d'un combat. Plus largement, entre 1750 et 1850, l'univers des beaux-arts connaît de profondes mutations. Les barrières s'abaissent et certaines contraintes se desserrent, avec pour conséquence de rendre la pratique de la peinture plus accessible aux femmes. Une période de créativité foisonnante s'ouvre alors, associée à bien des noms malheureusement aujourd'hui quelque peu oubliés. Zoom sur cette période clé de prise de libertés, avant notre visioconférence dédiée, Les Femmes Peintres, ce mardi 23 mars à 20h30.

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Les femmes et l’Histoire de l’art

A la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, les femmes sont interdites. Pourtant, on ne peut nier que les artistes féminines aient toujours existées. Elles sont généralement représentées au sein de corporations dans lesquelles il est plus simple pour elles d’évoluer. Par ailleurs, la peinture est bien souvent une affaire familiale : elles se forment auprès de leur père, de leur mari ou de leurs amis. Une situation qui a pour conséquence négative de se rappeler d’elles comme étant "la sœur de "ou "la fille de", plutôt que comme des artistes à part entière. Enfin, les femmes ne sont pas exclues de toute création artistique, et trouvent leur place notamment dans les arts décoratifs : porcelaine, dentelle, gravure, enluminure...


En France, l'Académie royale admet pour la première fois une femme, Catherine Girardon, en 1663. Soit quinze ans après sa création. Élisabeth-Sophie Chéron, portraitiste, la suit une dizaine d’année plus tard. Ainsi, durant un siècle et demi d’existence, quinze femmes sont reçues, et jamais une seule comme peintre d’histoire, le genre le plus valorisé et reconnu. Elles sont cantonnées à des genres dits moins prestigieux tel que les fleurs, les enfants, et plus rarement, au portrait. A la veille de la Révolution française, seules quatre femmes sont nommées académiciennes : Élisabeth Vigée-Le Brun, Adélaïde Labille-Guiard, Anne Vallayer-Coster et Marie-Suzanne Roslin. Si leur réputation peut atteindre un franc succès, elles restent souvent rattachées à leur condition sociale de femme et leur vie privée est sans cesse mentionnée. Ce sera le cas pour Elisabeth Vigée Le Brun, dont les scandales réels ou fictifs attisent bien des curiosités. Célèbre portraitiste de l'aristocratie française, elle souffre d’une réputation de femme facile tant par ses fréquentations que par le grand nombre de commandes qu'elle pouvait obtenir.

De gauche à droite : Élisabeth-Sophie Chéron, Élisabeth Vigée-Le Brun, Adélaïde Labille-Guiard, Anne Vallayer-Coster et Marie-Suzanne Roslin


L'âge d'or de la peinture des femmes

Elisabeth Vigé Le Brun n'est pas la seule artiste à connaitre un réel succès, et ce malgré les remous politique générés par la Révolution. Entre 1770 et 1804, plus de soixante portraits ou autoportraits de femmes peintres sont exposés dans les différents salons. Cette période sera alors reconnue comme étant "l'âge d'or de la peinture des femmes". Parmi ces artistes, l'on retrouve des noms plus ou moins connus mais, malgré un succès assuré, elles restent généralement cantonnées à leur rôle d'épouse, de mère ou de fille d'artiste. Les miniatures de Marie-Anne Fragonard par exemple seront attribuées à son mari Jean-Honoré Fragonard. Sa sœur, Marguerite Gérard, fait son apprentissage à leurs côtés. A la différence de sa sœur, elle saura se détacher de l'influence de Jean-Honoré et finira par travailler son propre style indépendamment. En ressortira de 1787 à 1791 plusieurs dizaines de portraits d'artistes et mécènes reconnus qui lui permettent d'accéder à une indépendance financière. Marguerite Gérard s'illustre aussi avec talent dans la peinture de genre et laisse dans ce domaine plusieurs chefs-d'œuvre. Elle expose régulièrement au Salon et Napoléon Ier lui-même se porte acquéreur de quelques œuvres. Et pourtant, ce n'est que dans les années 2000 que l'on redécouvre d'autres de ses portraits, plus intimes, grâce au travail de l'historienne d'art Carole Blumenfeld. Ils seront présentés pour la première fois au musée Cognacq-Jay à Paris en 2009. Rosa Bonheur, bien connue aujourd'hui, aura elle aussi vite été oubliée à sa mort. On vous en parle sur notre compte Instagram dans notre story Zoom sur.

Marguerite Gérard : Portrait de Jean-Honoré Fragonard et Le Déjeuner du Chat


Si nous ne pouvons mentionner ici toutes les artistes qui ont participé à l'émancipation des femmes dans le domaine de l'art, vous pourrez les retrouver lors de la visioconférence Les femmes peintres animée par Géraldine. En plus de vous présenter quelques oeuvres majeures de cette période, elle vous exposera le contexte social qui permit à ces femmes de s’émanciper ou en tout cas, de débuter une phase de libération dans le domaine de l’art. A visionner depuis chez vous et en direct, le mardi 23 mars de 20h30 à 21h30.

Louise Elisabeth Vigée Le Brun Autoportrait (1790)Licence CC

Rencontrez des femmes artistes peintres exceptionnelles !


Une émancipation au sens large ?

Malgré cette période de libération, le XIXème siècle en France marque la refermeture des institutions artistiques aux femmes peintres. L’Académie des Beaux-Arts leur est toujours interdite. Différents mouvements de solidarité féminine se forment afin de contester cette décision et de faire pression. L'Union des femmes peintres et sculpteurs, fondée en 1881, rédige une motion pour qu'une classe spéciale soit ouverte aux femmes. Après un long combat contre les règles patriarchales de la morale et de la convenance, cette classe leur est finalement admise en 1897. Ce avec de nombreuses restrictions : elles n'ont droit qu'aux modèles vêtus et passent des concours différents des hommes. Ce n'est qu'en 1900 que les Beaux-Arts de Paris acceptent les élèves féminines sans restriction. Pour comprendre le clivage artistique opéré au tournant du XIXème et du XXème siècle, nous vous conseillons d'écouter la série France culture "Femmes artistes", dont l'épisode 2 nous retrace cette "parenthèse enchantée" du XVIIIème au XIXème siècles autour des peintres, sculptrices et copistes.

France Culture : La Fabrique de l'Histoire, série Femmes artistes.

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