Zoom sur... la nécropole royale de Saint-Denis

Quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes et princesses, dix grands du royaume et plusieurs religieux reposent là-bas. Avec plus de soixante-dix gisants et tombeaux monumentaux, la nécropole royale de Saint-Denis s’impose aujourd’hui comme le plus important ensemble de sculptures funéraires du XIIème au XVIème siècle en Europe. Lieu de mémoire à saint Denis, premier évêque de Paris, l’abbaye devenue basilique aura finalement lié son destin à celui des différentes dynasties régentes de France en s’affirmant comme nécropole royale. A l’occasion de notre nouvelle visio-conférence sur la royauté, de Versailles à Saint-Denis, on vous fait patienter jusqu'au jour J en mettant en lumière ce lieu patrimonial fascinant.

Basilique de Saint-Denis @Saint-Denis Guilhem Vellut LicenceCC

Une nécropole fascinante au coeur de la basilique de Saint-Denis


Origines

Chez CulturMoov, nous aimons mettre en avant le patrimoine médiéval et l'on vous parle régulièrement de la route des abbayes de Normandie. A l'inverse de l'abbaye de Jumièges par exemple, celle de Saint-Denis est aujourd’hui intacte et surtout, elle jouit d'une réputation qui dépasse nos frontières. Alors qu'elle accueille les plus grandes dynasties depuis les mérovingiens, la basilique de Saint-Denis ne fut pourtant pas dès l’origine un cimetière aux rois. Jusqu’au Xème siècle, d’autres nécropoles étaient en effet en concurrence pour accueillir les défunts rois, notamment l’église Saint-Germain-des-Prés.

Ce serait sainte Geneviève, patronne de la ville de Paris, qui aurait fait bâtir une chapelle autour de la tombe de saint Denis, à qui elle portait une grande dévotion. Au cours des VIème et VIIème siècles, l’église continuera de s’agrandir pour accueillir au plus près du saint de nombreux personnages de haut rang. On y retrouve de cette époque majoritairement des femmes, dont la reine Arégonde, belle-fille de Clovis Ier. Son sarcophage, découvert seulement en 1959, nous révèle la puissance d’attraction du sanctuaire pour l’époque. En 639, l’abbaye de Saint-Denis accueille la dépouille du roi Dagobert, premier roi franc à reposer en ce lieu. A sa suite seront inhumés Charles Martel, Pépin le Bref ou encore l’empereur Charles le Chauve. Ainsi débute la longue tradition de la nécropole royale.

Gisant du roi Dagobert @Cgoodwin LicenceCC

Le gisant du roi Dagobert


Les gisants

L'église abbatiale a été dénommée basilique dès l'époque mérovingienne, comme beaucoup d'autres églises. Au cours des siècle suivants, elle va connaitre de nombreux agrandissements architecturaux et va gagner en faste. Le chevet, réalisé dans un style gothique et consacré en 1144, termine de faire de l’église un monument riche et prestigieux, au même titre que d’autres bâtiments de la même époque. La construction de la cathédrale de Bayeux, et celle, plus longue, de Notre-Dame de Paris, témoignent de cette période bien connue comme étant le temps des cathédrales.

A cette date, seules des dalles de pierre gravées disposées sur le sol près du maître-autel marquaient l’emplacement des sépultures royales. C’est Saint-Louis qui commandera la première série de gisants vers 1263. Conçues sur le modèle des statues-colonnes qui décorent les portails d’église, ces séries figurent donc parmi les premières sculptures funéraires réalisées pour l’abbaye de Saint-Denis. Elles représentent les défunts étendus, généralement sur le dos. Tournées vers l’est, c’est-à-dire vers le soleil levant, elles symbolisent l’attente de la résurrection par le Christ. Au fil des siècles, les sculptures seront de plus en plus travaillées et détaillées afin de mieux représenter le défunt. Les gisants ne sont pas de simples sculptures ornementales : ils légitiment le pouvoir politique du roi à jamais. Ainsi, les figures royales commandent leur monument de leur vivant pour s'assurer de l'image qu'ils laisseront aux générations futures. Cette tradition s’accentue à la Renaissance avec l’évolution des sculptures vers des tombeaux monumentaux à double étage, comme ce fut fait pour Henri II et Catherine de Médicis. Le monument expose un dédoublement de leur corps : à l’intérieur, ils sont représentés dans leur dernière apparence, nus et morts. Au-dessus à l’inverse, on les représente à leur avantage, dans la fleur de l'âge et priant dans l’attente de la résurrection.

Tombeau ed Louis XII et Anne de Bretagne @Myrabella LicenceCC

Le tombeau à double étage du roi Louis XII et de son épouse Anne de Bretagne


Révolution française

Alors que le pouvoir monarchique est renversé, l’église Saint-Denis, symbole de la royauté, est prise pour cible. Les révolutionnaires viennent profaner et exhumer les corps royaux en les faisant disparaitre dans des fosses communes. Les cercueils seront fondus afin d'en récupérer le plomb pour fabriquer des balles. Pour découvrir en détail comment ont été réhabilités les rois et reines de France après cette période, suivez avec nous la royauté, de Versailles à Saint-Denis lors d'une visioconférence menée par Ange le vendredi 26 février de 20h30 à 21h30. Vous découvrirez aussi le rôle majeur de Louis XVIII pour la conservation du monument.

La royauté de Versailles à Saint-Denis -Louis_XVI_et_Marie-Antoinette @Eric Pouhier LicenceCC

Partez à la rencontre de Louis XVI et Marie-Antoinette


Le XIXème siècle

Le rayonnement symbolique de la basilique Saint-Denis est si fort que même Napoléon Ier rêvera d'y être inhumé. En 1806, il ordonne la restauration du bâtiment qui profitera de nombreux chantiers tout au long du siècle. A leur tête, des architectes de renom tel que François Debret et Eugène Viollet-le-Duc. Ces chantiers seront l'occasion de mener de nouvelles expérimentations en termes de rénovation, à tel point que la basilique est aujourd'hui perçue comme l'un des premiers grands laboratoires de restauration d’un monument historique. Quant à la nécropole, celle-ci porte à débat. Entre 1816 et 1847, les gisants sont installés chronologiquement dans la crypte, avant de finalement retrouver leur place initiale.

En 1837, la foudre frappe la flèche de la tour Nord de la basilique Saint-Denis lors d’un ouragan, ce qui aura pour conséquence de fragiliser l'édifice. Le clocher sera alors démonté quelques années plus tard. Aujourd’hui, sa reconstruction a finalement été décidée, et elle fait l’objet d’un chantier hors-norme. Culminant à près de 90 mètres hauts, le monument requiert 2400 tonnes de pierre calcaires et 10 à 15 ans de travaux, en partie financés par les visites du public qui peut assister à différents ateliers. Pour être tenu au courant de l'avancée des travaux et de la réouverture du site, ainsi que des autres événements qui rythment la ville de Saint-Denis, nous vous conseillons de vous rendre sur le blog de Saint Denis Ma Ville, fait par et pour les habitants.

Il va sans dire que ce chantier fait malheureusement écho à un monument parisien bien connu. A 10 km de là, la restitution ou non de la flèche de Notre-Dame fait quant à elle débat. Alors, pour ou contre le remontage de cet attribut lui aussi pensé par Viollet-le-Duc ? N’hésitez pas à participer à notre visioconférence sur la construction de Notre-Dame de Paris pour échanger sur le sujet, le samedi 27 févriers de 19h à 20h.

Rétrospective sur la construction de la plus célèbre cathédrale de France


Qu’en est-il du roi Louis XIV, fervent chrétien ? Pour savoir où se situe sa dépouille et découvrir une anecdote historique et insolite à ce sujet, suivez-nous sur Instagram pour découvrir notre story à la une dédiée. Et pour patienter jusqu'à la visioconférence sur la royauté, de Versailles à Saint-Denis où vous pourrez échanger en direct avec Ange, membre de la FNGIC, nous vous laissons avec ces quelques images de la somptueuse basilique, réalisées par le Centre des Monuments Nationaux, administrateur du site.


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