Zoom sur ... l'artisanat à Bayeux

Ancienne cité médiévale, Bayeux conserve des trésors d’architecture liés à son histoire tel que les maisons à pans de bois, des manoirs à tours, de grandes demeures ainsi que d’élégants hôtels particuliers restés miraculeusement intactes après les combats de la bataille de Normandie, en 1944.

Symbole de la ville, nous vous faisons découvrir sa cathédrale lors de deux nouvelles visites interactives : La cathédrale sens dessus dessous et Les secrets de la cathédrales. Sous l'impulsion de l'évêque Hugues II et de son successeur, Odon de Conteville, demi-frère de Guillaume le Conquérant, la ville s'enrichit en effet de cet édifice religieux à partir de 1077. Et pourtant à cette période, la ville perd en influence suite à la décision de Guillaume d'installer la capitale de son duché à Caen. Pourtant, la ville aura réussi, au fil des siècles, à se faire un nom dans le secteur de l'artisanat, bien que ce ne soit pas dans la broderie.

Nouveauté : deux visites interactives sur l'édification de la magnifique Cathédrale de Bayeux et son symbolisme


La tapisserie de Bayeux

C’est dans ce contexte historique de royaume anglo-normand du XIème siècle que sera en effet confectionnée la tapisserie de Bayeux, dont nous vous remémorons les secrets de fabrication dans notre Story à la une sur notre compte Instagram. Une œuvre aujourd’hui mondialement connue, et qui pourtant failli être détruite en 1792 pour bâcher les chariots de soldats. A partir de 1812, la Tapisserie est conservée au sein de l’Hôtel de Ville de Bayeux. Elle est ordinairement tendue et exposée tous les ans en septembre et déroulée progressivement par le concierge sous les yeux des visiteurs. Installée depuis 1983 dans l'ancien Grand séminaire de Bayeux, la Tapisserie est au cœur d'un projet de création d’un nouveau musée pour 2025. Pour faire patienter les visiteurs jusque-là, le journal local Bayeux Renaissance nous annonçait ce mercredi 10 février la possibilité d’explorer la Tapisserie en ligne grâce à la première représentation numérique officielle jamais faite de l’œuvre.

La Tapisserie de Bayeux exposée dans la Gallerie Mathilde, puis dans le Centre Guillaume le Conquérant


La dentelle de Bayeux

Malgré la sauvegarde de cette œuvre exceptionnelle jusqu’à nos jours, la Tapisserie aura eu à Bayeux pour seule influence de donner son nom à une technique de broderie, le point de Bayeux , qui permet à la fameuse Tapisserie de la reine Mathilde de tenir sans aucun nœud. Cependant, un autre art du textile s’est introduit avec succès dans la ville à partir du XVIIème siècle, celui de la dentelle, pour devenir au fil des années l'un des plus importants centres de production européens, aux côtés de la Dentelle d'Alençon et de la dentellerie de Croatie, aujourd’hui toutes deux inscrites sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO. Faisant son apparition en Normandie sous Colbert, elle est introduite à Bayeux par l’évêque François de Nesmond qui fit venir deux sœurs de la Providence de Rouen. Celles-ci apprendront aux bayeusaines à manier les fuseaux. Ainsi, la fabrication de la dentelle se développera d’abord comme une activité pratiquée dans les lieux de charité, avant de réellement prendre une dimension industrielle au XIXème siècle.

Bonnettes Bayeusaines en dentelles - anciennes carte postales


En 1824, on recense plus de vingt-cinq entreprises, parmi lesquelles les plus connues, la Maison Tardif et la Maison Carpentier-Delamare, qui permettront à la dentelle de Bayeux d’être régulièrement primée lors des expositions parisiennes. Avec la montée en puissance de l’industrialisation et de la mécanisation, la confection à la main est de moins en moins utilisée. Elle survivra néanmoins grâce à l’activité d’une autre maison réputée, la Maison Lefébure, qui sera la dernière à fermer (en 1973), et relayée ensuite par le Conservatoire de la dentelle de Bayeux. Créée en 1988 par Mylène Salvador (Meilleur Ouvrier de France en Dentelle de Bayeux), Sylvie Mallard, Florence Quinette et Fabienne Ros, l'association a pour vocation l’initiation, la formation et la transmission du savoir-faire exceptionnel des dentellières de Bayeux. Le Musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard, l’un des trois musées du Bayeux Museum, met en scène une collection de dentelle de Bayeux à la façon d’un show-room de haute couture pour les pièces les plus luxueuses, et dans atelier factice pour présenter les aspects plus techniques. En attendant la réouverture de ces lieux, la Cité de la Dentelle et de la Mode, située à Calais, propose actuellement une série d’expositions virtuelles sur le sujet

MAHB_-_Bayeux_Maison_dentellière_Lefébure,_dessin_préparatoire_vers_1900 @Bayeux Museum LicenceCC

Dessin préparatoire pour la confection d'une pièce en dentelle de la Maison Lefébure, au MAHB


La porcelaine de Bayeux

Le MAHB présente également une collection d’objets issu d’un artisanat emblématique de la ville : la porcelaine. Cette manufacture, dont nous vous présentions l’origine mardi dernier lors de d’une visioconférence exclusive fait en effet son apparition au début du XIXème siècle et se décline sous trois grandes périodes, faisant référence aux trois familles de porcelainiers qui se sont succédées à Bayeux : Langlois (1812-1849), Gosse (1849-1878) et Morlent (1878-1951).

La salle du musée dédiée résume donc l’évolution des modes dans le domaine des arts décoratifs avec tout d’abord l’apparitions des motifs bleu, rouge et or chez Langlois, inspirés de la porcelaine de Chine. Comme pour la dentelle, la qualité des fabrication Langlois sera reconnue lors des expositions nationales à Paris et recevra une médaille de bronze en 1844. Sous la famille Gosse, les motifs évoluent progressivement vers une standardisation d’un motif végétal inspiré par la fleur de pommier et qui remportera un vif succès. Mais face à la concurrence des ateliers de Paris et de Limoges, la porcelaine de Bayeux se concentrera sur la fabrication d'objets de chimie, dont la résistance lui apporte une renommée mondiale. Lors de la révolution industrielle, la manufacture de Bayeux sera reprise par les Morlent, une famille d’ingénieurs céramistes. Ils conservent les procédés de fabrication à la main et au pinceau et élaborent les décors « Saxe » et « barbeau », ainsi que le décors « marguerite », spécifiquement bayeusain. Ne se cantonnant plus qu’à un usage domestique, chimique et sanitaire, la seconde Guerre Mondiale finira d’achever la manufacture qui fermera en 1951 et deviendra jusqu’à aujourd’hui une résidence privée. Malgré tout, les productions de Bayeux restent très prisées, à tel point qu’elles sont parmi les plus chères du marché des céramiques, comme l’on peut le constater dans ce cours reportage de 2018 réalisé par la chaine télévision France 3 Normandie

Une vente aux enchères à ne pas rater à l'Hôtel des ventes de Bayeux


Pour prolonger cette découverte du patrimoine bayeusain, nous vous proposons d’assister à notre nouvelle visite virtuelle Bayeux, le quartier artisanal, animée par la guide conférencière Anne Gosselin. En direct de la cité millénaire, elle vous expliquera les évolutions de la ville, des Gallo-Romains jusqu'à nos jours, et vous présentera les différents corps de métiers s'étant succédés le long des rives de l'Aure.

Visitez virtuellement le Bayeux artisanal, tous les dimanches à 12h, de février à mars


Le patrimoine normand vous plait ? Dans deux semaines, nous remonterons la côte vers la cité impressionniste de Honfleur dans un article de blog dédié et lors de deux visites virtuelles inédites, filmées en direct par votre guide Sandrine. A 11h30 et 14h, les dimanches 7 et 21 mars, puis le dimanche 4 avril. Réservation sur notre site internet.

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